Au carrefour de l’Europe, de l’Afrique du Nord et de l’Asie de l’Ouest, la Sicile a été un haut lieu de la civilisation tout au long de l’histoire. Des colons grecs ont occupé l’île du VIIIe et VIesiècle avant notre ère, y laissant les temples grecs les plus mieux conservés hors de la Grèce. Des siècles plus tard, l’île est devenue le grenier de l’Empire romain. La Sicile a prospéré sous la domination byzantine et arabe, et a été le joyau des monarchies normande, française et espagnole.

Joppolo Giancaxio est perché sur une colline escarpée entourée de citronniers, de champs de blé et de haies de figuiers de Barbarie. Par temps clair, on aperçoit la Méditerranée depuis le sommet le plus élevé de Joppolo. À moins de 20 kilomètres de là se trouvent des temples grecs antiques, classés patrimoine mondial de l’UNESCO. Les habitants du village parlent un dialecte teinté de grec, d’arabe, de français et d’espagnol, riche en proverbes, en contes traditionnels et en dictons catholiques.
Pendant des siècles, la culture du village tissait une toile complexe de liens familiaux, et la vie tournait autour du cycle agricole, entre semailles et récoltes. Sans eau courante jusqu’à la fin de la Seconde Guerre, les villageois remplissaient leurs cruches de terre cuite à la fontanazza. Ils cuisaient leur pain dans des fours à bois communautaires. Le bétail circulait librement dans les rues de terre battue.
Dans les années 1950, l’échec des réformes agraires, conséquence de siècles de féodalisme, et les intimidations constantes de la mafia ont déclenché un exode massif. Durant les deux décennies suivantes, Joppolo a perdu les deux tiers de sa population. De nos jours, le charmant village au mode de vie ancestral est jonché de maisons en ruines et condamnées, offertes à quiconque s’engage à les restaurer et à y habiter. La population est vieillissante et le taux de natalité est en baisse. Les opportunités économiques sont rares, et les résidents continuent d’émigrer.
Pendant quelques semaines en juillet et en août, le village se remplit de ses anciens habitants en visite. Le soir, on illumine la piazza pour des concerts, de la danse en ligne et du théâtre. Pendant un instant, le village retrouve sa vitalité d’antan. Dès la mi-août, Joppolo se vide et retourne à un silence spectral.
Mon père a cultivé une terre féodale. Il recevait comme salaire à peine suffisamment de farine pour faire du pain et des pâtes et nourrir ses enfants. Telle était la réalité de tant de villages siciliens. Alors, les gens sont partis.
Dr. Carmelo Lo Dico














